An Goossens
Service de
Dermatologie
Département des
Allergies de Contact
K.U. Leuven, U.Z.
St.-Rafaël
3000 Leuven
Les allergies de contact aux composantes de
parfums sont fréquentes, et ces produits constituent dès lors les principaux
allergènes au sein des produits cosmétiques, à côté d'autres sources de contact
telles que les topiques pharmaceutiques, les produits ménagers et industriels.
Les lésions se produisent à divers endroits du corps, en fonction de la source
de sensibilisation.
Pour poser le diagnostic, on a besoin de
marqueurs supplémentaires, en plus de ceux existant dans les batteries
standard. Les composantes de parfums proprement dites ne sont pas seules
responsables de réactions allergiques de contact; certains de leurs produits de
dégradation et/ou contaminants en induisent également. On observe souvent des
polysensibilisations.
Les composantes de
parfums constituent les principaux allergènes parmi les cosmétiques. Des
réactions cutanées se produisent non seulement par contact avec des produits
parfumés fortement concentrés tels que les eaux de toilette, les déodorants ou
les lotions après rasage, mais aussi lors de l'utilisation de produits
cosmétiques d'hygiène et de soin (1, 2). Même des topiques pharmaceutiques
parfumés (application sur une peau lésée !) et des produits ménager et
industriels peuvent induire des réactions allergiques. Les lésions peuvent se
produire à divers endroits du corps, en fonction de la source de
sensibilisation.
Les réactions
allergiques se manifestent habituellement sous la forme d'un eczéma de contact,
mais des lésions présentant un aspect plutôt folliculaire ou urticarien ne sont
certes pas rares.
Les zones de peau
les plus fréquemment affectées sont les suivantes:
-
Le visage,
principalement les paupières, que l'on considère souvent comme une
monolocalisation, même chez les patients qui appliquent des eaux de toilette
sous forme de sprays, soi-disant uniquement sur leurs vêtements.
-
La zone
rétro-auriculaire, par application directe.
-
Le cou,
principalement sous l'effet de sprays parfumés.
-
Les aisselles, avec
l'utilisation de déodorants.
-
Un élément frappant
à ce propos est que les lésions sont habituellement surtout localisées à la
partie extérieure des aisselles, ce qui s'explique éventuellement par une
dilution du produit appliqué par la transpiration ou par un contact avec des
vêtements contaminés. Une autre caractéristique est le fait qu'à cet endroit,
les lésions eczémateuses traînent parfois très en longueur, malgré une
interruption du contact. Cela pourrait s'expliquer par l'effet occlusif qui se
traduit par une pénétration accrue dans les follicules pileux et une libération
prolongée des allergènes par la suite.
-
Les mains, par
contact avec des produits d'hygiène et d'entretien parfumés; la lésion de la
barrière cutanée par des irritants pourrait y jouer un rôle important.
-
Une réaction
allergique de contact peut évidemment aussi se produire à n'importe quel
endroit du corps exposé à des produits parfumés.
Des réactions
cutanées peuvent être induites non seulement par application directe sur la
peau, mais aussi par un contact "aérogène" par pulvérisation dans
l'air (par exemple, les sprays) et par contact avec des produits utilisés par
une personne de l'entourage ("connubial dermatitis" ou "consort
dermatitis" des auteurs Anglo-Saxons).
Pour détecter une
allergie de contact aux parfums, on utilise, dans la batterie standard
européenne, en plus du baume du Pérou et du colophane, un mélange de parfums
appelé "fragrance mix" (3), avec lequel la fréquence des tests
positifs varie dans la plupart des centres entre 6 et 12% des patients testés
systématiquement; ces chiffres semblent d'ailleurs augmenter ces dernières
années (4-7). Le fragrance mix comporte 8 composantes, à savoir l'aldéhyde
amylcinnamique, l'aldéhyde cinnamique, l'alcool cinnamique,
l'hydroxycitronellal, l'eugénol, l'iso-eugénol, le géraniol et la mousse de
chêne (chacun à une concentration de 1% et le mix émulsifié dans de la vaseline
avec du sesquioléate de sorbitane). Bien que les tests des composantes isolées
ne soient pas toujours positifs chez un patient allergique au fragrance mix –
une observation pour laquelle on a d'ailleurs proposé plusieurs hypothèses (8)
–, c'est la mousse de chêne qui donne le plus souvent des résultats positifs
(4-7), même dans notre département. Selon la littérature (4, 9), le mélange
permettrait de détecter 67 à 80% des patients hypersensibles aux parfums. Ce
pourcentage dépend évidemment de la mesure dans laquelle on réalise les tests
avec d'autres ingrédients de parfums ou même avec les produits parfumés propres
aux patients, et il se pourrait très bien que le pourcentage réel des cas
d'allergie aux parfums détectés avec le fragrance mix soit beaucoup plus
faible. C'est pour cette raison que l'on recherche depuis plusieurs années des
marqueurs supplémentaires pour l'allergie de contact et c'est ainsi que des
substances simples telles que le lyral et le citral, ainsi que des mélanges
plus complexes tels que des huiles essentielles, s'avèrent augmenter nettement
les possibilités de détection des allergies aux parfums (9-13). Nakayama et ses
collaborateurs (14) avaient déjà démontré à ce propos en 1974 l'importance des
huiles essentielles. D'après notre expérience, le fait de réaliser des tests
avec des produits apportés (12, 15, 16) est également indispensable pour
détecter une allergie aux parfums.
Les patch tests
sont essentiels dans le diagnostic des allergies de contact. La peau
"saine" du dos n'est cependant toujours représentative d'une
localisation telle que les paupières ou le cou, voire les aisselles, en ce qui
concerne le déclenchement d'une réaction allergique de contact. Il arrive en
fait souvent que des patch tests réalisés par exemple avec des déodorants
donnent des résultats faussement négatifs. Si c'est le cas, des tests
d'utilisation ou tests répétitifs (ROAT ou Repeated Open Application Tests)
sont indiqués: dans ces tests, le produit à évaluer est appliqué deux ou trois
fois par jour au niveau du pli du coude ou de l'avant-bras, et ce pendant au
moins une semaine (à moins qu'il ne se produise une réaction plus tôt). Parfois,
des applications sont nécessaires pendant une période allant jusqu'à 2 à 3
semaines. Une étude a été réalisée à ce sujet (17) chez des patients
hypersensibles à l'iso-eugénol qui ont à nouveau subi des patch tests avec une
série de dilution (allant de 2,0 à 0,00006 % de solution alcoolique
d'iso-eugénol); d'autre part, des tests ROAT ont dû être réalisés avec des
solutions alcooliques à 0,2 et 0,05% (2 fois par jour sur une surface de 3 x 3
cm2 au niveau de la face antérieure des deux avant-bras).
Les résultats ont
montré que:
-
le nombre moyen de
jours où l'on a obtenu un test ROAT positif avec les solutions à 0,2% et 0,05%
était respectivement de 7 et 15 jours;
-
pour les deux
concentrations des solutions d'iso-eugénol, il y avait une corrélation significative
entre le seuil de sensibilité déterminé à l'aide de la série de dilution et le
nombre de jours nécessaire pour obtenir un test ROAT positif.
Cela signifie que
le temps nécessaire pour obtenir un test d'utilisation positif chez un patient
allergique à l'iso-eugénol dépend à la fois du degré de sensibilisation
individuel de chaque patient et de la concentration de l'exposition: pour de
faibles concentrations d'allergène ou un faible degré de sensibilisation, il
peut falloir plusieurs semaines avant que la dermatite ne se produise, et par
conséquent, un test ROAT peut donner un résultat faussement négatif après 7
jours. D'autres études réalisées avec d'autres composantes de parfums vont dans
le même sens.
Les composantes de
parfums peuvent être allergisantes par elles-mêmes, mais elles peuvent
également présenter des propriétés sensibilisantes par le biais de produits de
dégradation ou de contaminants. Le limonène (18), principal constituant de
l'huile volatile de citron, largement utilisé dans l'industrie des parfums et
que l'on retrouve dans de nombreux produits ménagers et industriels (19), ne
devient allergisant que par la présence de peroxyde formé par oxydation par
exposition à la lumière. On a ainsi retrouvé des acides résiniques et leurs
produits d'oxydation (20), les principales composantes allergisantes du
colophane, dans des mousses d'arbres (produits de substitution largement
utilisés dans l'industrie des parfums pour remplacer la mousse de chêne,
beaucoup plus onéreuse) et même dans certaines qualités de mousse de chêne
proprement dite, aussi bien dans celle utilisée en parfumerie que dans les
patch tests commercialisés. Cela signifie qu'un certain nombre de tests
positifs pour la mousse de chêne doivent être attribués à ces produits de
dégradation. Cependant, étant donné qu'un quart seulement des patients positifs
à la mousse de chêne réagissent au colophane, il est clair que d'autres
allergènes sont également responsables du pouvoir sensibilisant.
Chez les patients
allergiques aux parfums, on observe souvent des tests positifs associés. En ce
qui concerne les produits naturels, cela ne doit pas nous étonner, puisqu'ils
peuvent contenir de nombreuses composantes communes. C'est ainsi que l'on
retrouve par exemple du limonène dans de nombreuses huiles essentielles, ce qui
explique les réactions positives à l'huile de lavande, à l'huile d'écorce
d'orange amère et à l'huile de pin. On a même observé des associations
statistiquement significatives entre des plantes telles que celles de la
famille des Composacées ou des Astéracées (chrysanthème, camomille,
souci…) et des composantes de parfums (21). D'autre part, des réactions
croisées sont également possibles entre des substances simples, par exemple
entre l'aldéhyde cinnamique (produit de dégradation de l'alcool correspondant)
et l'alcool cinnamique, mais aussi de fréquentes sensibilisations simultanées.
Ainsi, des tests positifs pour le géraniol et l'hydroxycitronellal, tous deux
présents dans le fragrance mix, peuvent être le signe d'une sensibilisation par
des "parfums avec odeur de fleur", parce que ces matières premières y
sont souvent incorporées.
Les allergies de
contact aux composantes de parfums sont fréquentes, et ces produits constituent
dès lors les principaux allergènes au sein des produits cosmétiques, à côté
d'autres sources de contact telles que les topiques pharmaceutiques, les
produits ménagers et industriels,
dans lesquels les composantes de parfums sont différentes de celles utilisées
dans les produits cosmétiques (19). Leur utilisation ubiquitaire et croissante,
même dans les produits cosmétiques destinés aux enfants (22), crée la nécessité
de mettre au point de nouveaux marqueurs permettant de dépister les allergies
de contact aux composantes de parfums, d'une part, et d'autre part, la
nécessité d'éliminer les substances les plus allergisantes. Pour cela, une
collaboration étroite avec l'industrie cosmétique s'impose.
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