Les résines composites
(utilisées pour l'obturation des dents et des canaux dentaires, ainsi que pour
la restauration de dents et la confection de couronnes temporaires et de dents
artificielles) ainsi que les adhésifs (utilisés pour fixer les composites à la
surface dentaire à traiter) constituent une cause croissante de réactions
cutanées professionnelles (surtout à base allergique) chez le personnel
dentaire. Les acrylates et les
méthacrylates sont dans ce cas les principaux allergènes. Les symptômes cliniques se manifestent
principalement sous forme de lésions douloureuses et desquamatives (également
sous forme de fissures) au niveau de l'extrémité des doigts. Les gants en latex et en PVC n'assurent pas
une protection suffisante.
Une étude réalisée en
Finlande (1) montre que 75 % des techniciens dentaires, 40 % des orthodontistes
et 43 % des infirmières travaillant dans un département d'orthodontie
présentent des dermatoses professionnelles, c'est-à-dire des dermatoses
provoquées par une irritation ou des allergies de contact. Les acrylates (esters de l'acide acrylique)
et les méthacrylates (esters de l'acide méthacrylique) sont dans ce cas les
principales substances sensibilisantes.
Ils sont présents dans les prothèses dentaires mais également dans les
résines utilisées en restauration dentaire.
Les acrylates et
méthacrylates suivants sont largement utilisés en dentisterie:
méthylméthacrylate (MMA), 2-hydroxyéthylméthacrylate (2-HEMA), triéthylèneglycol
diméthacrylate (TREGDMA),
2,2-bis-[4-(2-hydroxy-3-méthacryloxypropoxy)phényl]propane (BIS-GMA).
Résines composites (Dental Composite Resins = DCR)
Elles sont utilisées
pour l'obturation des dents et des canaux dentaires (elles remplacent de plus
en plus l'amalgame au mercure.) En
outre, on les utilise également pour les restaurations dentaires, ainsi que
pour la confection de couronnes temporaires et de dents artificielles. Les résines commercialisées (Silar, Silux,
Delton, Concise, ...) ont toutes une composition très variée.
Les premières
publications concernant des réactions d'intolérance vis-à-vis de ces résines
décrivent quelques rares cas de réactions allergiques de contact chez des
patients ayant été traités par résines composites (éruptions cutanées
généralisées accompagnées de légers problèmes respiratoires, stomatite
allergique).
Récemment, on a constaté
plusieurs cas de sensibilisation à ces résines composites chez des dentistes,
des techniciens et des infirmières dentaires.
Habituellement, on
observe les anomalies suivantes:
- lésions
hyperkératosiques et eczémateuses aux extrémités des doigts, surtout du pouce,
de l'index et du majeur;
- éventuellement,
des anomalies cutanées autour de la bouche et au niveau des paupières (d'origine
aéroportée ou par transmission de l'allergène au visage par les doigts);
- (conjonctivite).
Dans ce cas, il faut
éventuellement interrompre l'activité professionnelle, ce qui montre bien la
gravité de l'allergie.
Adhésifs utilisés en orthodontie (Dentine Bonding Systems
= DBS)
Ces produits sont
utilisés afin d'établir un bon contact entre le matériau composite et la dent à
traiter. En général, ils sont
constitués d'un produit de base appelé "primer" et d'une substance
adhésive.
Le premier système fut
commercialisé en 1956, mais c'est surtout depuis que la firme 3M a lancé, en
1987, le Scotchbond 2 - Dental Adhesive System (SB-2-DAS), que l'on a observé
plusieurs cas de sensibilisation. Cela
démontre l'important pouvoir sensibilisant de ce produit, ce qui ressort
également du fait qu'un patch-test épicutané réalisé avec ce produit non dilué
peut provoquer une sensibilisation primaire.
La majorité des
"primers" sont constitués:
- d'acrylates,
qui peuvent réagir avec le calcium ou les protéines dentaires;
- de méthacrylates, qui assurent la liaison avec la résine utilisée pour les restaurations dentaires.
La dentine est d'abord
traitée avec le "primer", ensuite avec l'adhésif. Les résines sont polymérisées au moyen de
lumière du spectre visible. Pour
terminer, le matériel de restauration dentaire (composite) est appliqué et
polymérisé (chimiquement ou également par la lumière).
Il se forme ainsi un
"sandwich" dont le corps est constitué par la dentine, recouverte de
plusieurs couches:
- primer ou
couche basale
- adhésif
- résine composite
Le Scotchbond 2 - Dental
Adhesive System contient deux allergènes bien connus, le 2-HEMA et le
BIS-GMA. Plusieurs cas ont été
rapportées chez du personnel infirmier, surtout des lésions eczémateuses des extrémités
des doigts.
Observations personnelles (K.U. Leuven) (2)
Depuis 1983, nous avons
vu 8 dentistes (5 hommes et 3 femmes, d'âge compris entre 25 et 55 ans)
qui s'étaient sensibilisés aux résines composites et/ou aux adhésifs utilisés
en orthodontie. Compte tenu du fait que les dentistes manipulent ces deux
produits, il est souvent impossible d'identifier la source primaire de la
sensibilisation.
Tous les dentistes
présentent des lésions pulpitiques, parfois accompagnées d'autres anomalies des
mains (dos des doigts) et du visage, avec rhinite ou conjonctivite.
Ils présentent également
des réactions positives à d'autres allergènes avec lesquels ils sont en contact
pour des raisons professionnelles:
- fragance-mix (eugénol)
- thiuram-mix (gants en latex)
- colophane (pansements dentaires)
- nickel (objets en métal blanc)
- éthyl-4-toluène sulfonamide (résine utilisée
pour isoler les cavités dentaires)
- sulfonate de méthylchlorobenzène (matériau
d'empreinte).
D'une manière générale,
le patient allergique aux acrylates ne présente pas de réactions croisées avec
les méthacrylates (ces derniers sont considérés comme des allergènes moins
importants que les acrylates).
Par contre, les patients
allergiques aux méthacrylates présentent souvent des réactions croisées aux
acrylates. En raison du risque réel de
sensibilisation, il est préférable d'éviter de tester une série étendue
d'acrylates et de méthacrylates.
Selon Kanerva et selon
notre expérience personnelle, il semble que les allergies de contact aux
dérivés acryliques utilisés en dentisterie peuvent être détectées en testant la
série de produits suivante (dilués dans la vaséline):
TREGDMA ou EGDMA 2
%
UEDMA 2
%
BIS-GMA 2
%
2-HEMA 2
%
RESINES (adhésifs et composites) 1
% (ou test semi-ouvert)
(RESINE EPOXY 1
%)
Chez le personnel
dentaire, les lésions pulpitiques douloureuses peuvent parfois être attribuées
à tort à une irritation, alors qu'en fait il s'agit d'un phénomène
allergique. Souvent, les dentistes
ignorent la composition des produits qu'ils utilisent.
Il est très important
que la firme fournisse les informations nécessaire concernant le pouvoir
sensibilisant de leurs produits aux personnes qui sont professionnellement en
contact avec ces produits, ainsi que des instructions précises concernant leur
utilisation correcte et les mesures de précautions à prendre. Lorsque l'on ouvre et que l'on referme les
flacons renfermant des "résines adhésives", il faut éviter toute
contamination.
Il ressort de notre
expérience que les acrylates et les méthacrylates traversent très facilement
les gants en latex et en PVC. Il est
dès lors conseillé de porter des gants 4H (Safety 4A/S, Danemark), surtout pour
les patients qui présentent des paresthésies.
Ces gants 4H sont constitués de plusieurs couches. Ils sont cependant onéreux et peu
pratiques. Kanerva conseille dès lors
de porter des doigtiers 4H sous les gants en latex ou en PVC. Malheureusement, cette solution ne semble
guère pratique.
1.
Kanerva L, Estlander T, Jolanki R et al. Occupational allergic contact dermatitis
caused by exposure to acrylates during work with dental prostheses. Contact Dermatitis 1993, 28:268-275.
2. Dooms-Goossens A. Composites et muqueuses buccale. Progrès en dermato-allergologie. GERDA, Arcachon 1995, pp. 39-52.