Les allergènes autres que ceux de la batterie standard

chez l'enfant

 

 

 

A. Goossens, K. Neyens

 

 

Key words:      allergènes, enfants

 

Introduction

 

La fréquence et la nature des allergènes retrouvés chez les enfants varient avec l'âge, ce qui peut essentiellement être attribué à une exposition variable aux allergènes de l'environnement; le sexe joue un rôle (exemple, le nickel: on le retrouve comme allergène chez les filles, ceci est dû au port de bijoux de fantaisie); le lieu géographique aussi (le "poison ivy" constitue un allergène très important essentiellement en Amérique), ainsi que les conditions de vie et le port de certains vêtements ou chaussures, (contrairement aux pays Scandinaves), les additifs du caoutchouc sont souvent la cause d'une sensibilisation aux chaussures qui, quant à elle, est plus fréquemment observée aux USA.  De plus, des variations de la prescription de produits pharmaceutiques à usage topique, influencent beaucoup le spectre des allergènes médicamenteux observés.

 

Dans ce chapitre, je me limiterai à une revue de la littérature et de nos cas personnels concernant les allergènes autres que ceux de la batterie standard; je ne traiterai non plus des allergènes protéiniques pouvant induire ou aggraver des dermatites atopiques.

 

 

Les allergènes "non standard" retrouvés chez l'enfant

 

Les métaux

 

Les mercuriels

 

L'allergie de contact aux mercuriels est fréquemment observé chez l'enfant, surtout dans les pays comme l'Espagne et l'Italie où ils sont largement prescrits comme antiseptiques (p.e. tel est le cas du mercurochrome).  D'autres sources de sensibilisation sont des médicaments topiques, tels que des gouttes oculaires, des crèmes de dépigmentation, des préparations pour le traitement des pédiculoses, des vaccins, ainsi que des thermomètres cassés, des amalgames dentaires, des solutions pour lentilles de contact et des pesticides.

 


L'aluminium

 

Les vaccins et les solutions de désensibilisation pour pollens, sont rapportés comme étant des sources majeures de sensibilisation.  Cliniquement, les réactions se présentent comme des nodules sous-cutanées prurigineuses, excoriées et de longue durée, occasionnellement associées à une hypertrichose.  Dans beaucoup de cas, l'eczéma de contact se révèle lors des tests épicutanés avec les "Finn chambers" mais éventuellement aussi avec des déodorants, des dentifrices et des gouttes auriculaires, contenant des sels d'aluminium.  Des exacerbations d'eczéma au niveau des points d'injection peuvent s'expliquer par la persistance de particules métalliques dans la peau.

 

Le palladium

 

Ce métal se trouve essentiellement dans les orthèses et les prothèses orthodontiques et les bijoux.  Comme dans le cas des adultes, une allergie au palladium est, en général, associée à une sensibilisation au nickel.

 

Le fer

 

Seulement un cas d'une allergie de contact au fer, présent dans une prothèse orthopédique, a été rapporté.

 

Les produits pharmaceutiques à usage topique

 

Les principes actifs.  Plusieurs principes actifs pharmaceutiques peuvent être en cause d'une dermatite de contact (même de type érythème polymorphe comme nous l'avons pu observer avec la méphénésine) chez l'enfant: des antibiotiques tels que aminoglycosides et sulfamides (observation personnelle) qui provoquent souvent des réactions croisées avec des substances chimiquement apparentée, la virginiamycine (observations personnelle), ainsi que le méthane-sulfonate sodique de la colistine; des produits antiseptiques tels que la chlorure de benzalkonium et le merthiolate (observations personnelles); des produits anti-viraux tels que la tromantadine (observation personelle) et le Zovirax® (dont l'allergène responsable n'a pas pu être mis en évidence); des antihistaminiques tels que le maléate de dexchlorphéniramine; des anti-inflammatoires non stéroidiens tels que le fépradinol, l'indométhacine et l'étofenamate (observation personnelle); des anesthésiques locaux du type ester, qui quant à eux, donnent souvent de réactions croisées entr'elles, voire même des corticostéroides.

 

D'autres principes actifs observés comme allergènes chez l'enfant concernent la nystatine (observation personnelle), la quinine utilisée dans le traitement d'une infection respiratoire, des dérivés de plantes tels que la teinture benjoin (observation personnelle), ainsi qu'un agent mydriatique utilisé en fundoscopie.  Certains allergènes médicamenteux sont spécifiques à l'adolescence, tels que le peroxyde de benzoyle.

 


Les émulsifiants/excipients

 

Non seulement des principes actifs mais également des ingrédients tels que émulsifiants et excipients peuvent être en cause: le triéthanolamine oléyl polypeptide dans des gouttes auriculaires, le laureth-4 et les sebacates d'éthyle et diisopropyle, l'huile de sésame (observation personnelle) peuvent être allergéniques.  L'éthylènediamine a souvent été incriminée, surtout par sa présence dans des crèmes utilisées dans le traitement de dermatoses variables (inclus la dermite des fesses du nourrisson); cette substance se retrouve également dans des solutions ophtalmiques, des insecticides, des fungicides, des durcisseurs d'époxy et des stabilisateurs de caoutchouc.  Des réactions croisées peuvent s'observer avec certains antihistaminiques et avec l'aminophylline et ainsi être responsables de réactions systémiques sévères.

 

Les conservateurs

 

Certains conservateurs (dont la plupart est reprise dans la batterie standard) ne constituent pas de rares causes d'allergie de contact chez l'enfant.  Le merthiolate a attiré beaucoup d'attention dans la littérature étant donné que des réactions positives lors de tests épicutanés sont fréquemment observées, particulièrement chez des enfants jeunes ou atopiques; son inclusion dans la batterie standard a d'ailleurs été discutée.  Cette substance est utilisée comme antiseptique, désinfectant, et agent conservateur dans des solutions pour lentilles de contact, des gouttes oculaires, des vaccins - dont le bout de l'aguille contaminé constitue la vraie cause de sensibilisation.  Une sensibilisation au merthiolate ne semble pas être une contre-indication à des vaccins futurs, pourvu qu'ils soient administrés par voie intramusculaire.  La plupart des réactions positives observées n'ont, cependant, aucune pertinence clinique.

Etant donné que cette molécule est constituée de deux parties allergéniques, c.-à.-d. le mercure et l'acide thiosalicylique - des réactions croisées doivent être prises en considération, aussi bien avec d'autres mercuriels qu'avec le poduit de dégradation solaire du piroxicam qui est chimiquement apparenté à l'acide thiosalicylique.

En ce qui concerne d'autres conservateurs, le cas a été rapporté d'une réaction à une injection de méthylprednisolone, due à une sensibilisation au chlorure de myristyl picolinium, un sel d'ammonium quaternaire.  Aussi le phénoxyéthanol a été décrit comme cause d'une réaction à un vaccin DTP.

 

Les produits cosmétiques

 

Pratiquement tout ingrédient cosmétique est capable d'induire une sensibilisation cutanée.  Des publications ont décrit des réactions aux conservateurs chez des enfants (atopiques) présentant des réactions e.a. à la formaldéhyde et ses libérateurs, ainsi qu'à l'Euxyl K400 et l'antioxydant butylhydroxyanisole (BHA).  L'utilisation du baume de Pérou pour le traitement d'une dermatite des fesses ou de produits cosmétiques quelconques est apte à engendrer une allergie aux parfums pour la vie.  Certains auteurs ont, en effet, pu démontrer que les allergènes connus des parfums sont présents dans les cosmétiques destinés aux enfants (parfois même à une concentration très élevée).


Les enfants peuvent également devenir allergiques aux produits cosmétiques utilisés par la maman (ou autre personne qui les garde); comme sources responsables, on retrouve les parfums, les rouges-à-lèvres, les produits de coiffure, ou le vernis-à-ongles.  Les enfants utilisent très souvent des produits cosmétiques en cachette.  Des sensibilisations et des photosensibilisations aux filtres solaires ont été rapportées également.

 

Les jouets

 

Des jouets et des ballons (voir ci-dessous) représentent des sources de sensibilisation typiques aux enfants.  Différents cas ont été décrits quant à certains conservateurs dans les gels pour jouer ainsi que dans la plasticine, des matières plastiques et des métaux dans les jouets, etc.

 

Les objets en caoutchouc

 

Les additifs du caoutchouc dans les ballons peuvent être responsable d'une dermatite du visage mais peuvent également causer des réactions dues à des élastiques de sous-vêtements, en particulier après blanchissage, des couches, des chaussures (voir ci-dessous), aussi des chaussures de plongée (due au diéthylthiourée - observation personnelle -), des éponges pour appliquer des cosmétiques, ainsi que des gants, bien que dans ces derniers, exceptionnellement, certains conservateurs allergéniques tels que le chlorure de cétyl pyridinium peuvent apparaître.

Des réactions de type I (syndrôme d'urticaire de contact) au latex sont devenus très fréquentes aujourd'hui, surtout parmi les enfants atopiques, ou ceux qui souffrent de spina bifida ou ont subi de multiples interventions chirurgicales.

 

Les chaussures

 

En dehors des allergènes classiques présents dans la batterie standard, des substances telles que le diaminodiphénylméthane (présent dans des résines polyuréthanes, le dodécylmercaptane et le merthiolate (par son utilisation en tant que conservateur dans le cuir ou des crèmes à cirer) ont été aussi décrits comme des allergènes pertinents dans les chaussures.

Récemment, la présence d'une colophane modifiée a été détectée dans un agent tackifiant de chaussures ayant causé une dermatite de contact des pieds d'un enfant; ceci explique d'ailleurs la survenue fréquente de réactions positives à la colophane dans l'allergie aux chaussures.

 

Les matières plastiques et les résines

 

Des jouets en plastiques ainsi que des colles sont des causes connues d'allergie de contact chez l'enfant.  Des résines du type urée-formaldéhyde et phénolformaldéhyde dans des protecteurs pour genoux, des adhésifs présents dans des supports de cheville, ainsi que des chaussures de sport en forment des exemples.

Non seulement les résines mêmes mais également certains additifs tels que des conservateurs, le chlorure de benzalkonium dans le plâtre de Paris, ont été rapportés comme allergènes.

 


Les plantes

 

Les enfants contactent souvent les plantes en jouant et ne se rendent pas compte de leur pouvoir irritant ni allergisant.  Dans une revue concernant les dermatites dues aux plantes en Australie, les enfants sont considérés comme étant à risque à ce sujet.  De nombreuses plantes ont été rapportées comme étant la cause de dermatites de contact (parfois sévères).  Quelques exemples: la lierre toxique ou sumac radicant ("poison ivy"), le sumac irrégulièrement lobé ("poison oak") et le sumac à lacque ("poison sumac"), surtout en Californie où les allergènes de la famille des "Rhus" peuvent contacter la peau d'une manière directe ou indirecte (p.e. à travers des animaux domestiques), ce qui ne facilite pas le diagnostique.

 

·        Une épidémie de phytophotodermatites (surtout localisées au visage) dues au Toxicodenderon succedaneum en la Nouvelle Zeelande.

 

·        La grande ortie avec des réactions d'urticaire et d'eczéma de contact.

 

·        Les Composites (Astéracées) avec les sesquiterpènelactones comme allergènes causals.

 

·        La dermatite due au Bindii (Soliva pterosperma) survenant en Australie (surtout chez les garçons faisant du sport), qui est le plus souvent localisée aux paumes des mains, plantes des pieds, genoux et coudes.

 

·        La persistance de papules erythémateuses et parfois de lésions pustuleuses a été attribuée à des incrustations de résidus de la substance allergisante dans la peau.

 

·        Les lichens de type Parmelia sp. responsables d'une dermatite du visage.

 

·        Les fruits Gingko utilisés comme billes-à-jouer en France.

 

·        Des rhizomes de Dioscorea butata commes causes de réactions d'irritation et d'allergie.

 

·        De plus, des sensibilisations peuvent survenir à travers de produits topiques contenant des extraits de plantes, comme c'était le cas dans une dermatite aigue avec aspect typique d'un érythème polymorphe suite à l'application d'un extrait de l'Hypericum erectum (millepertuis) au Japon.

 

 

Les allergènes professionnels

 

Parmi les adolescents, certaines professions, notamment la coiffure et la construction et éventuellement le travail de métaux sont aptes à engendrer des dermatites professionnelles chez des jeunes travailleurs.

Des tests épicutanés avant l'emploi ne sont pas recommandés, bien que certains auteurs le souhaitent, surtout en ce qui concerne l'allergie aux métaux.

 

 

Conclusion

 

Les allergènes de l'enfant les plus fréquemment rapportés dans la littérature concernent ceux de la batterie standard, ce qui est certainement dû au fait qu'ils sont généralement, ou en partie, testés en routine.  Cependant, d'autres allergènes présents dans l'environnement de l'enfant doivent être pris en considération.  Les tests épicutanés se sont révélés être utiles surtout quand il s'agit de dermatites persistantes au niveau de certaines localisations telles que les mains et les pieds, ainsi que la région péri-buccale et péri-umbilicale.

Certains auteurs insistent également sur la nécessité des tests chez les enfants atopiques.  Enfin, l'existence de photosensibilisations, nécessitant des photopatch tests, doit aussi être prise en considération.  Dès lors, l'importance d'une anamnèse détaillée afin de spécifier l'environnement de l'enfant ainsi que d'un examen clinique des lésions et de leur topographie, étant donné que la localisation souvent indique la cause de l'allergie (cf. tableau 1).

 

 

 

Table 1 :    La corrélation entre la localisation des lésions et la source de sensibilisation.

 

 

Visage :      ingrédients de produits cosmétiques et pharmaceutiques à usage topique

plantes

 

Région péri-orbitale :    préparations ophtalmiques

métaux

 

Région péri-orale :        objets à sucer (p.e. en caoutchouc)

métaux

arômes

 

Oreilles :     métaux

gouttes auriculaires

 

Cou :          métaux

parfums

 

Tronc :       vêtements (colorants)

caoutchouc

métaux (région péri-umbélicale)

 

Bras :          produits cosmétiques (e.g. filtres solaires)

vaccins

plantes

 

Poignets :   métaux

 


 

 

Mains / doigts :    produits cosmétiques

gels pour jouer, plasticine, ...

métaux

plantes

objets en caoutchouc ou plastique

résines

 

Fesses :      vaccins

 

Région ano-génitale :    produits cosmétiques et pharmaceutiques à usage topique

 

Jambes :     plantes

orthèses orthopédiques (résines, métaux)

 

Pieds :        chaussures (caoutchouc, colles)

plantes

produits pharmaceutiques à usage topique

 

 

 

Références

 

Goossens A, Neyens K.  Les allergènes autres que ceux de la batterie standard chez l'enfant.  In: Progrès en Dermato-Allergologie (GERDA).  John Libbey (Ed.), Eurotext, Montrouge 2000, pp. 135-146.