ALLERGIE AU LATEX

 

 

 

Résumé

 

Le latex naturel présent dans les gants, les préservatifs, les tubes d'anesthésie, les ballonnets, ... est une cause possible du syndrome d'urticaire de contact.  Les symptômes comportent un prurit immédiat, un oedème et une rougeur au site de contact, souvent associés à un gonflement du visage (principalement des paupières).  En outre, il peut se produire des symptômes extracutanés tels que rhinite, conjonctivite, oedème angioneurotique, dyspnée, toux, vertiges et asthme; dans les plus graves, il peut se produire une réaction anaphylactique qui peut mettre en danger la vie du patient.  C'est surtout lors d'examens préopératoires ou gynécoloqiques (évt. stomatologiques) que des réactions sévères se produisent.  Il s'impose de poser un diagnostic correct.  Cela peut se faire à l'aide de tests cutanés, de tests RAST ou éventuellement d'un test de provocation.  Les gants en chlorure de polyvinyle ou en caoutchouc synthétique constituent une bonne alternative aux gants en latex naturel.

 

Introduction

 

Le caoutchouc naturel (latex) provient principalement de l'arbre à caoutchouc ou Hevea Braziliensis, sources de sensibilisation au latex, et consiste d'une émulsion contenant des particules de caoutchouc, des acides nucléiques, des matières lipidiques, des acides aminés, ainsi que de protéines de plantes résiduelles.  Les particules de caoutchouc comprennent surtout des polymères du cis-1,4-polyisoprène, englobbé d'une couche de phospholipoprotéines.  Lors de la fabrication des produits en caoutchouc provenant du latex naturel, de nombreuses substances chimiques telles que conservateurs, anti-oxydants et accélérateurs (p.e. les dérivés thiouram) sont incorporées.  Afin d'obtenir l'élasticité souhaitée, un procès de vulcanisation par châleur ou par addition de souffre est réalisé.  Depuis le siècle dernier, les applications du latex naturel sont nombreuses.  De nombreux objets qui entrent en contact étroit avec la peau sont constitués de ce produit: gants chirurgicaux et ménagers, ballonnets, digues dentaires, préservatifs, élastiques et souvent aussi masques et tubes pour anesthésie, tympanomètres, manchettes pour mesurer la tension artérielle, etc.

 

En 1979, Nutter fut le premier à décrire une urticaire de contact induite par des gants en caoutchouc naturel (1), mais depuis lors, de nombreux autres cas furent publiés et c'est par ailleurs une observation fréquente dans le monde entier.  En effet, depuis 1987 l'utilisation de gants latex (lors des examens et des traitements médicaux) a augmenté considérablement avec l'apparition des problèmes liés à l'HIV et l'hépatite sous forme épidémique.  L'accélération du procès de production du latex a probablement donné lieu à une plus grande contamination du latex brut avec des protéines résiduelles et jusqu'à l'heure actuelle il y a des différences considérables entre les gants commercialisés quant au taux de protéines latex.

 

 


Clinique

 

La plupart des urticaires de contact au latex furent décrites après le port de gants et c’est principalement chez des sujets présentant une atopie positive ou un eczéma pré-existant des mains.  On estime que 3 à 11 % des médecins et du personnel soignant, et plus fréquemment chez les personnes qui travaillent dans un quartier opératoire, présentent une urticaire de contact liée au port de gants chirurgicaux.  Il s'agit de réactions de type immédiat.  En général, les symptômes apparaissent 5 à 60 minutes après que l'on ait enfilé les gants: il se développe un prurit, une rougeur et/ou un oedème des mains.  Ces symptômes disparaissent 30 minutes à 2 heures après le retrait des gants.  Ces symptômes immédiats sont parfois très légers, de telle sorte que la principale présentation clinique est assez souvent un eczéma chronique des mains.  Le diagnostic correct est alors souvent négligé.  D'autres réactions cutanées peuvent être associées, telles que gonflement des paupières (qui est souvent comme seul symptôme), des lésions d'urticaire au visage, aux bras, éventuellement au tronc, une urticaire généralisée, mais aussi des symptômes extracutanés tels que rhinite, conjonctivite, oedème angioneurotique, dyspnée, toux et vertiges.  On parle dans ce cas de syndrome d'urticaire de contact.  La forme la plus grave est le développement d'un choc anaphylactique qui peut parfois mettre en danger la vie du patient.

Des réactions analogues furent également décrites à la suite de contacts avec d'autres objets en caoutchouc naturel.  Le tableau 1 donne un aperçu des circonstances dans lesquelles furent décrites des réactions anaphylactiques.  C'est surtout lorsqu'il se produit un contact avec les muqueuses, comme par exemple lors d'un examen gynécologique ou stomatologique, ou pendant une intervention chirurgicale, qu'il existe un risque de voir apparaître de telles réactions.  C'est ainsi que, selon certains études, près de 50 % des enfants atteints de spina bifida présentent une allergie au latex induite par le contact répété avec les gants en latex du personnel médical (et éventuellement aussi avec d'autres objets contenant du latex).

D'autres groupes à risque sont constitués par des enfants avec des anomalies congénitales urogénitales, du personnel de laboratoires ainsi que des travailleurs de l'industrie de latex.  L'incidence de l'allergie aux latex dans la population générale est certainement inférieure à 1 %.

 

 

 

Tableau 1 :     Circonstances dans lesquelles on a décrit des réactions anaphylactiques

 

 

-         Examen postpartum et examen gynécologique (gants d'examen).

-         Exposition à une digue dentaire chez le dentiste.

-         Après césarienne (gants chirurgicaux).

-         Après accouchement par voie vaginale (gants chirurgicaux).

-         En per- ou en post-opératoire (enfants atteints de spina bifida) (gants chirurgicaux).

-         Pendant un test de provocation avec un gant.

-         Chez l'enfant après avoir gonflé un ballon - après utilisation d'un préservatif.

 

 


Etiopathologie

 

Les allergènes responsables sont des protéines hydrosolubles qui déclenchent une réaction de type immédiat médiée par IgE.  Comme il s'agit de fractions protéiques allergisantes différentes, on ne trouve des anticorps IgE anti-latex spécifiques que dans 60 à 65 % des cas.  Quelques auteurs ainsi que la plupart des patients attribuent la réaction à la poudre (amidon de maïs) en contact avec le latex.

 

Il est un fait que des tests de scarification réalisés avec le côté poudré donnent plus souvent lieu à une réaction positive que ceux réalisés avec la face non poudrée, et que la poudre provenant des gants déclenche une réaction.  Cependant, les tests réalisés avec de la poudre qui n'a jamais été en contact avec le latex restent généralement négatifs.  Il semble dès lors plus raisonnable de penser que la poudre en contact avec les gants en latex est contaminée par les allergènes hydrosolubles responsables.  (Lors de la fabrication, des milliers de gants en latex passent à travers la même suspension contenant de l'amidon, appelée "slurry".)  La dispersion de cette poudre est d'ailleurs souvent cause d'urticaire et même de symptômes extracutanés à distance ou chez des sujets de l'entourage, ce qui démontre bien que l'allergène est transporté par l'air.  Cependant, celles-ci peuvent être erroneuses et dans le cas d'une exposition professionnelle au latex il est important de ne pas manquer le diagnostic.

 

 

Diagnostic

 

Le diagnostic de l'urticaire de contact induite par le latex se pose sur base de l'anamnèse et de la clinique.

 

On peut obtenir confirmation par:

 

-       Un prick-test avec un extrait aqueux réalisé à partir de gants en latex ou avec des extraits commercialisés (c'est la méthode la plus fiable).

 

-       Un test RAST-CAP au latex (test in vitro pour démontrer des anticorps spécifiques, cependant pas toujours positif!).

 

Bien que ce dernier soit moins sensible que le test cutané, il est très fréquemment utilisé.  En fait ce test est facile à faire, très spécifique et ne contient aucun risque.  Des extraits de latex pour tests cutanés ont été commercialisés par les firmes Stallergènes et ALK.  La sensibilité du test cutané est de plus de 90 % comparé au RAST-CAP qui est de 80 %.  Rarement des réactions anafylactiques avec le test cutané ont été décrites.  Il est dès lors contre-indiqué si des antécédents anafylactiques resortent de l'anamnèse.

 

-   Un test d'usage ou de provocation (si le prick-test est négatif): pour cela, les gants sont enfilés sur des mains humides.  Eventuellement, les mains peuvent être immergées dans de l'eau chaude pour favoriser la transpiration (toujours positif, mais pas sans danger!: chez des patients avec des antécédents de symptômes extracutanés, on doit toujours être particulièrement prudent et, par exemple, n'exposer qu'un seul doigt à un morceau de gant).

 

 

Prévention

 

Des mesures préventives chez le personnel soignant s'avèrent nécessaires afin d'éviter des sensibilisations ultérieures.  Une étude récente a demontré que chaque année environs 1 % du personnel se sensibilise au latex.  La solution idéale serait de remplacer le latex pour d'autres matériaux; cependant leur coût actuel ne le permet pas.  Il est important pour le patient que le diagnostic soit correctement posé, parce qu'il peut se produire des réactions potentiellement fatales.  Ces personnes doivent éviter d'utiliser des gants en latex naturel.  Des gants en chlorure de polyvinyle ou en autre matériau synthétique (par exemple, l'élastyrène) constituent l'alternative la plus sûre.  En prévention, on peut porter des gants en latex qui ont subi des rinçages supplémentaires à l'eau ou qui ne contiennent pas de poudre.  Par ailleurs, les gants en latex sans poudre contribuent à maintenir le milieu "pauvre en allergène"; de ce fait, il se produit moins de réactions "aéroportées".  Il est important qu'à côté des réactions d'urticaire de contact responsables de dermatoses professionnelles chez les personnes qui portent souvent des gants en latex, le latex soit ajouté à la liste des causes possibles de réactions anaphylactiques pendant des interventions chirurgicales ou lors d'examens gynécologiques.  La possibilité d'une allergie (sujets atopiques!) devrait être systématiquement recherchée lors de tout examen préopératoire.

 

 

Références

 

1.      Nutter AF.  Contact urticaria to rubber.  Br. J. Dermatol. 1979, 101:597.

2.      Dooms-Goossens A.  Clinical testing of occupation-related glove sensitivity.  Uit: Protective gloves for occupational use, Eds. Mellström GA, Wahlberg JE, Maibach HI, CRC Press, Boca Raton: 1994, 171-183.

3.      Morren M, Marien K, Dooms-Goossens A.  Latex allergie: zeldzame oorzaak van anafylactische reacties gedurende heelkundige ingrepen of na gynaecologisch of stomatologisch onderzoek.  Tijdschrift voor Geneeskunde, 1990, 46(9):683-687.