A. Goossens1, M.-B.
Cleenewerck2
1Département de Dermatologie
Hôpital Universitaire
Katholieke Universiteit
Leuven
B-3000 Leuven, Belgique
2AMEST
118, Rue Solférino
F-59000 Lille, France
Nouveaux pansements: classification, tolérance
Introduction
Les pansements sont des moyens
thérapeutiques locaux dont le but consiste en la création d’un environnement
optimal pour la guérison de
L’évolution habituelle comprend 3 phases:
la phase de nettoyage (phase exsudative), la phase de granulation (phase
proliférative)et la phase d’épithélialisation (phase
de différenciation) [2], correspondant à l’étape finale de la cicatrisation.
Certains nouveaux pansements sont
également proposés, à l’heure actuelle, dans le traitement des cicatrices
inesthétiques et la prévention de la formation de cicatrices pathologiques
(cicatrices hypertrophiques, chéloïdes) [3].
Classification
La gamme de produits comprend [1, 2 , 4, 5] (Tableau I):
·
les
pansements classiques simples (impregnés de principes
actifs ou non)
·
les
pansements légèrement adhésifs
·
les
films semi-perméables
·
les
hydrogels
·
les hydrocolloïdes
·
les
pansements d’alginate
·
les
pansements au collagène
·
les
films
·
les mousses
de polyuréthane (hydrocellulaires)
·
les polysaccharides
(dextranomères)
·
les pansements
au miel
·
les
pansements siliconés
·
les hydrofibres (carboxyméthylcellulose
100 %)
·
les
pansements d’acide hyaluronique
·
les
pansements enzymatiques
·
les
pansements inhibiteurs des protéases
·
les
pansements au charbon
·
les
pansements d’argent
·
les
pansements avec actions combinées
·
tulles,
tulles imprégnés, etc.
Ces produits sont soit passifs, soit
interactifs.
Les
caractéristiques requises des pansements
Les caractéristiques idéales des
pansements sont en rapport direct avec la physiologie de la plaie et
comprennent [1, 2]:
·
La préservation
d’un environnement humide
·
la
création d’une protection mécanique et d’une
isolation thermique
·
la
formation d’une barrière contre les infections secondaires
·
le
maintien d’un environnement humide
·
la
possibilité d’échanges gazeux
·
l’absorption
de l’exsudat excédentaire et des micro-organismes
·
la
promotion du débridement
·
l’absence
de tout traumatisme au niveau du tissu en cours de cicatrisation
En outre, d’autres caractéristiques sont
aussi importantes:
·
l’acceptabilité
par le patient
·
la
rentabilité (coûts par unité, durée de l’application du pansement et durée du
traitement)
·
l’absence
de toxicité et de potentiel allergisant important.
Les réactions
d’intolérance aux pansements nouveaux
Trois types de réactions
adverse aux pansements sont possibles:
·
des
réactions d’irritation, surtout d’origine mécanique, dues à des facteurs
d’occlusion ou à une adhérence excessive du pansement à la plaie
·
des
réactions allergiques immédiates d’urticaire de contact (rarement rapportées)
·
des
réactions allergiques retardées
de contact à type
d’eczéma de contact
Les réactions allergiques de contact,
voire même souvent des poly-sensibilisations par contact avec des traitements
locaux se rencontrent avant tout dans le traitement des ulcères de jambe
(notamment veineux chroniques), dont la prévalence chez le sujet âgé de plus de
60 ans est estimée entre 1,12 et 4,7 % [6].
En fait, l’allergie de contact est
ici favorisée par différents facteurs:
·
l’utilisation
parfois de molécules à fort potentiel allergénique durant de longues périodes
·
l’altération
de la barrière cutanée qui favorise l’absorption de molécules potentiellement
allergisantes
·
l’occlusion
augmentant le contact avec ces molécules
·
les
troubles hémodynamiques: l’hypervascularisation
locale entrainant l’afflux des lymphocytes (rôle dans l’hypersensibilité
retardée)
·
l’augmentation
du nombre de cellules de Langerhans, au sein et en
périphérie de l’ulcère.
En vue de leur large utilisation, les
réactions allergiques de contact aux pansements nouveaux sont considérées comme
rares, même dans une population souffrant d’ulcères de jambe. Cependant, leur
taux de fréquence est impossible à préciser, à cause de plusieurs raisons:
·
en
fonction de l’interrogatoire et du tableau clinique, une sensibilisation de
contact à un pansement peut être suspectée, cependant le test épicutané sur peau saine avec le pansement tel quel ne
permet pas forcément de détecter
l’allergie, compte tenu des facteurs mentionnés ci-dessus.
·
les
pansements sont des dispositifs médicaux, dont la composition qualitative exacte
ne figure pas sur les emballages, ni sur les notices, contrairement aux
produits cosmétiques et pharmaceutiques.
·
de
plus, lors de la demande d’informations aux fabricants concernés, à l’occasion
de la survenue d’une réaction adverse, la composition complète est rarement
révélée. Il en résulte un bilan allergologique pratiquement toujours incomplet !
Il existe peu d’études dans
lesquelles le potentiel allergisant des pansements nouveaux a été investigué [7].
Dans un travail de Gallenkemper et coll. publié en
1998 [8], 20 pansements différents furent testés chez 36 malades atteints d’insuffisance
veineuse chronique: des réactions positives ont été observées dans 78 % des cas
(surtout à des principes actifs et des excipients renfermés dans les produits
pharmaceutiques locaux, dont seulement 3
(8,3 %) au propylène glycol renfermé dans des hydrogels (Intrasite®, Varihesive
hydrogel®, Hydrosorb plus®). Ces auteurs n’ont pas retrouvé de
sensibilisations aux hydrocolloïdes, ni
aux alginates, ni aux mousses de polyuréthane.
D’autres études effectuées chez des sujets
souffrant d’ulcère de jambe, notamment de Tavadia et coll [9] et de Machet [10], ont rapporté
des résultats similaires en ce qui concerne quelques rares cas d’allergie aux
hydrogels.
Dans l’enquête de Reichert-Pénétrat et coll. [8], différents hydrocolloïdes
ont été testés: Comfeel® 359 fois, Duoderm® 4 fois, Comfeel plus® 1
fois, Algoplaque® 2 fois, et Duoderm
E® 3 fois. Seul le
dernier pansement a provoqué une réaction positive et le malade a présenté, en
outre, une réaction allergique à la colophane.
Dans une étude récente à Singapour [11],
les résultats de tests épicutanés chez 44 sujets avec
ulcères veineux ont été colligés. 27 (61,4 %) présentaient au moins une
réaction positive, 2 montraient une réaction positive au Duoderm
CGF® et 1 à l’Intrasite gel ; un troisième avait une allergie cutanée de
contact à l’Iodosorb®.
Cependant, des revues de la littérature correspondantes
[7, 12-15], révèlent le plus souvent des cas isolés de réactions allergiques
aux hydrocolloïdes. Ces produits sont commercialisés dans
plusieurs pays sous différents noms par le même fabricant Convatec
Ltd, notamment les pansements Duoderm E ® or CGF®, Varihesive
E®, Granuflex E® [12-15], ainsi que le Combiderm® [7]. Dans la majorité des cas, des dérivés de la
colophane modifiéé sont retrouvées comme allergènes
responsables, avant tout le «tackifiant» Pentalyn®, un ester pentaérythritol
de la colophane hydrogénée, qui n’est pas présent dans p.e. le Duoderm® [15]. Il faut mentionner que ces dérivés, dont on
ne connaît pas toujours la nature exacte [7], ne donnent pas toujours des
réactions croisées avec la colophane testée dans la batterie standard. L’allergène
coupable n’a pas été précisé dans tous les cas [7, 14]. Les réactions cutanées
ont été alors attribuées à des irritations ou à des réactions allergiques à des
substances non polymérisées présentes dans les élastomères, telles que le polyisobutylène [16]. Chez 41 malades souffrant d’ulcère de
jambe, Schliz et coll. [17] ont identifié l’allergène
responsable, notamment le Pentalyn® et le polyisobutylène, dans seulement 2 cas parmi 8 malades montrant
des réactions allergiques au Varihésive® ou au Comfeel plus transparent® (Coloplast).
La recherche du constituant responsable
de l’allergie à cet hydrocolloïde, dont la
composition est d’ailleurs assez vague (élastomère TR1107?, adhésif P115?) est
restée infructueuse dans le cas rapporté par Grange-Prunier et coll. [18],
ainsi que dans notre propre expérience.
En 1999, la carboxyméthylcellulose
a été retenue à l’origine d’un syndrome d’urticaire de contact au Comfeel® dans le traitement d’un ulcère de jambe 19)],
alors que tout récemment [20], cette molécule a été considérée comme étant
responsable d’une dermatite allergique de contact retardée de par sa présence
dans le Comfeel®, ainsi que dans le Varihesive E® et l’Aquacel® (ce malade
était également allergique à la colophane).
Des réactions allergiques de contact
aux pansements nouveaux se produisent non seulement chez les sujets âgés
souffrant d’ulcères de jambes, mais peuvent également survenir dans d’autres
conditions, par exemple, en Santé de Travail [21].
Lee et Kim [22] ont ainsi rapporté
le cas d’une allergie au propylène glycol présent dans le gel Intrasite®,
utilisé dans le traitement d’un ulcère nécrotique chez un malade souffrant de
sclérodermie. En 2007 [23], ont été décrits 3 malades, dont un enfant de 14 ans
et une jeune femme de 19 ans, atteints d’une dermatite de contact suite à la
suite de l’application d’un pansement non adhérent Adaptic®,
utilisé dans le traitement de plaies chirurgicales. Des tests épicutanés ont mis en évidence la responsabilité du sorbitan sesquioléate,
émulsifiant non ionique. Ce même pansement a d’ailleurs été retrouvé antérieurement
comme allergène dans le cas des ulcères de jambe (20, 24).
Conclusion
Les nouveaux pansements, principalement
les hydrogels et les hydrocolloïdes sont assez rarement
à l’origine de la survenue de dermatites de contact en particulier chez les
sujets âgés, souffrant d’ulcères de jambes. Le propylène glycol et les dérivés
de la colophane modifiée, qui ne donnent pas toujours des réactions croisées
avec la colophane (!) en sont les principaux responsables. En réalité, la
fréquence des réactions allergiques à ces pansements est sans doute plus
importante, compte tenu de l’existence de quelques difficultés à préciser le diagnostic.
En effet, le micro-environnement d’un ulcère favorise
le développement de sensibilisations cutanées
(multiples), même à des allergènes peu puissants, alors que le test épicutané sur peau saine, réalisé avec le pansement tel
quel reste souvent négatif, chez les patients à forte présomption clinique. De
plus, la composition exacte des pansements n’est pas toujours connue, ce qui
mène à des bilans allergologiques incomplets. La nécessité d’un étiquetage
qualitatif complet pour tous les dispositifs médicaux, y compris les pansements,
est souhaitable.
Références
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pansements. Medical Devices News (MDNews) 2007 ;
September/Octobre : 10-15.
2.
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2005 ; 56 : 1165-1179.
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hypertrophiques ou chéloïdes. Nouv Dermatol 2000 ; 19 : 192.
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J-M, Couilliet D, Kowolic
A, et al. Plaies, ulcères et
cicatrisation. Pansements cellulaires. Ann
Dermatol Venereol 2003 ;
130 : 225-226.
5.
Lok C, Van Belle E. Quels pansements pour quels ulcères? Nouv Dermatol 1999 ; 18 : 119-122.
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Reichert-Pénétrat S, Barbaud A, Weber M, Schmutz J-L.
Ulcères de jambe. Explorations allergologiques dans
359 cas. Ann Dermatol
Venereol 1999 ; 126 : 131-135.
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9.
Tavadia S, Bianchi J, Dawe RS, et al. Allergic contact dermatitis in venous leg ulcer
patients. Contact Dermatitis
2003 ; 48 : 261-265.
10. Machet L, Couhé C, Perrenaud A, et al. A high prevalence of sensitization still persists in leg ulcer patients: a retrospective series of 106 patients tested between 2001 and 2002 and a meta-analysis of 1975-2003 data. Br J Dermatol 2004 ; 150 : 929-935.
11.
Lim K-S, Tang BY, Goon ATJ, Leow YH. Contact sensitization in patients with chronic
venous leg ulcers in
12. Mallon E, Powell SM. Allergic contact dermatitis from Granuflex hydrocolloid dressing. Contact Dermatitis 1994 ; 30 : 110-111.
13.
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14. Timmer-de Mik L, Toonstra J. Allergy to hydrocolloid dressings. Contact Dermatitis 2008 ; 58 : 124-125.
15. Sasseville D, Tennstedt D, Lachapelle JM. Allergic contact dermatitis from hydrocolloid dressings. Am J Contact Dermatitis 1997 ; 8 : 236-238.
16. Molin L, Stymne
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17. Schliz M, Rauterberg A, Weiss J. Allergic contact dermatitis from hydrocollois dressings. Contact Dermatitis 1996 ; 34 : 146-147.
18. Grange-Prunier A, Couilliet
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Comfeel®. Ann Dermatol Venereol 2002 ; 29 :
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19. Johnson M, Fiskerstrand EJ. Contact urticaria syndrome due to carboxymethylcellulose in a hydrocolloid dressing. Contact Dermatitis 1999 ; 41 : 344-345.
20. Pasche Koo F, Piletta-Zanin P, Politta-Sanchez S, et
al. Allergic contact dermatitis to carboxymethylcellulose
in Comfeel® hydrocolloid dressing. Contact
Dermatitis 2008 ; 58 : 375-376.
21. Crepy MN. Dermatoses aux topiques et objets
de pansements en médecine du travail. Fiche d’allergologie-dermatologie
professionnelle TA 78. Doc Méd Trav 2008 ; N 78 :
1-8.
22. Lee JE, Kim S-C. Allergic
contact dermatitis from a hydrogel dressing (Intrasite®-gel) in a patient with scleroderma. Contact
Dermatitis 2004 ; 50 : 376-377.
23. de Waard-van der Spek, Devillers ACA, Oranje AP. Allergic contact dermatitis to sorbitan sesquioleate in Adaptic® wound dressing. Contact Dermatitis 2007 ; 57 : 54-56.
24. Pasche-Koo F, Piletta PA, Hunziker N, Hauser C. High sensitization to emulsifiers in patients with chronic leg ulcers. Contact Dermatitis 1994 ; 31 : 226-228.
Tableau I. Principaux pansements et biomatériaux [5, *]
|
Classe de pansement |
Produit commercialisé (laboratoire) |
|
Alginates de calcium |
Algisite® (Smith and Nephew) Algostéril® (Brothier) Comfeel-Seasorb® (Coloplast) Dosastéryl® (LDM) Kaltostat® (Convatec) Melgisorb® (Mölnlycke) Sorbalgon® (Hartmann) Sorbsan® (Braun-Biotrol) Urgosorb® (Urgo) |
|
Hydrocellulaires |
Allevyn® (Smith and Nephew) Askina transorbent
(Braun-Biotrol) Biatain® Ulcere (Coloplast) Cellosorb® (Urgo) Combiderm® (Convatec) Cutinova foam (BDF) Lumiderm 6000® (Sarbach) Lyomousse (Seton Health Care Group) Tielle® (Johnson and Johnson) |
|
Hydrocolloïdes |
Algoplaque® / Urgoderm (Urgo) Askina Biofilm® (Braun-Biotrol) Comfeel® plus (Coloplast) Duoderm® E (Convatec) Hydrocoll® (Hartmann) Restore® (Incare) Sureskin® (Euromédec) Tegasorb® (3M) Urgomed® (Urgo) |
|
Hydrofibres |
Aquacel® (Convatec) |
|
Hydrogels |
Comfeel Purilon® (Coloplast) Duoderm Hydrogel® (Convatec) Hydrosorb® (Hartmann) |
|
Interfaces |
Adaptic® (Johnson and Johnson) Mépitel® (Mölnlycke) |
|
Pansements au charbon |
Actisorb®, Actisorb plus®
(Johnson and Johnson) Carboflex® (Convatec) Carbonet® (Smith and Nephew) Lyomousse C (Seton Health Care Group) |
|
Pansements d’acide hyaluronique |
Hyalofill® (Convatec) |
|
Pansements enzymatiques |
Elase® (Parke Davis) Pulvo 47® |
|
Tulles |
Vaselitulle® (Sarbach) Unitulle® (Cassenne) Lomatuell® (Lohmann) Jelonet® (Smith and Nephew) |
* P Celerier. Les nouveaux pansements
d’ulcères. Atelier au XV congrès de