ALLERGIE DE CONTACT AU MATÉRIEL OSTÉOSYNTHÉTIQUE ET

AUX PROTHÈSES UTILISÉS EN ORTHOPÉDIE

 

 

 

Introduction

 

Le matériel ostéosynthétique et les prothèses sont placés dans le corps, soit pour une période limitée en consolidation d'une fracture d'os (= matériel fixe), soit définitivement comme remplacement d'une articulation ou d'un ligament (= matériel mobile).  Souvent il n'existe aucun contact direct avec la peau, ce qui parfois donne des problèmes de diagnostic, lors de manifestations cutanées.  Les réactions cutanées au matériel ostéosynthétique et aux prothèses sont rares et sont dues, dans la plupart des cas, au métal présent.

 

 

Composition

 

Métaux:

 

-   Métal inoxydable: contient du nickel, du chrome et du molybdène, éventuellement en petites quantités, du cobalt, du fer et du manganèse.

-   Vitallium: contient du cobalt, du chrome et du molybdène, éventuellement du nickel en petites quantités.

-   D'autres métaux moins souvent utilisés sont le titane, le tantale et le zirconium (= mélange de titane, de vanadium et d'aluminium).

 

Matériaux synthétiques:

 

-   Polyéthylène et terephtalate de polyéthylène (= composant de plastiques dans les prothèses métalliques-plastiques).

-   Le polyméthylméthacrylate (= ciment d'os).

 

 

Types de prothèses et de matériel ostéosynthétique

 

-       Matériel fixe pour la réduction et la consolidation de fractures (prothèses statiques): plaques, clous, vis, ...

 

-   Matériel mobile en remplacement de l'articulation (prothèses dynamiques): prothèse métal-os, prothèse métal-métal, prothèse métal-plastique.  Dans le passé les prothèses métal-métal étaient utilisées fréquemment.  Il en a été prouvé que du à la friction, le contenu en chrome et en cobalt dans le tissu autour de la prothèse augmentait, de même que dans le sang et dans l'urine (1).  Ceci est beaucoup moins clair pour les prothèses actuelles métal-os ou métal-plastique.

 

 


Symptomes d'une allergie aux prothèses

 

Elles peuvent être orthopédiques ou dermatologiques.  Les symptomes orthopédiques sont: fonctionalité diminuée, douleurs inexplicables, nécrose aseptique ou perte de la prothèse.  L'image dermatologique est souvent eczémateuse, parfois bulleuse ou urticarienne.  La dermatose peut être localisée à la zone au dessus de la prothèse ou peut se généraliser.  Dans des cas exceptionnels une image vasculitique ou d'érythème polymorphe peut être présente.  Les métaux dans le matériel des prothèses sont responsables pour les réactions cutanées.  Des réaction allergiques au polyéthylène n'ont pas encore été décrites.  Le polyméthylméthacrylate dans le ciment d'os n'est plus allergisant après une polymérisation complète.  Toutefois, une réaction allergique au niveau des bouts des doigts peut se manifester chez les chirurgiens qui entrent en contact avec le monomère de méthylméthacrylate.

 

 

Selon Rostoker cinq critères majeurs sont indispensables pour poser le diagnostic de "réactions cutanées à du matériel implanté" (2):

 

1.  La dermatose aux caractéristiques présentes débute après l'implantation orthopédique, avec une latence variable.

2.  Abscence d'autres étiologies (infections).

3.  Chronicité de la dermatose.

4.  Disparition de la dermatose endéans une période de deux mois après l'enlèvement du matériel.

5.  Signes micro- ou macroscopiques de corrosion du matériel enlevé.

 

 

Rostoker parle également de quelques critères mineurs qui peuvent se manifester, mais qui ne sont pas obligatoires:

 

1.  Cliniques: démangeaisons, réponse insuffisante aux corticostéroïdes.

2.    Changements dans l'os au niveau de l'implantation.

3.    Hyperéosinofilie, image sanguine inflammatoire.

 

 

Selon Kubba (3) la probabilité qu'une dermatose est une allergie à l'implantation est plus importante pour les prothèses statiques, avec des antécédents d'allergie aux metaux, quand l'éruption se manifeste près de la prothèse, quand elle est eczémateuse, tardive ou persistante.

L'évolution de la dermatose est variable.  Elle peut se manifester à partir d'un jour à 15 ans après le placement du matériel.  Elle est chronique.  La guérison suit entre 3 jours et plusieurs mois après l'enlèvement du matériel, souvent avec un aggravement immédiatement après l'opération.

 

 


Les mécanismes qui peuvent causer des réactions cutanées (4):

 

1.  Immunologiques

 

-       Réactions du type IV: allergie de contact au nickel, parfois au chrome et au cobalt.  Tester à l'aide de tests épicutanés au sulfate de nickel, au dichromate de potassium et au chlorure de cobalt.  Fisher propose de tester le titane également, sous forme de poudre de dioxide de titane (5).

 

-   Réactions du type I: réaction d'hypersensibilité immédiate, la plupart du temps au nickel, des fois au chrome ou au cobalt.  Tester à l'aide de tests "prick" ou "patch".

 

-   Réactions du type III: les réactions du type II ne peuvent pas être retenues sur base d'indications comme une hypocomplémentémie, une cryoglobulinémie ou des complexes immunisés circulants.  Si une suspicion forte de réaction de type IV ou de type I existe, et dans le cas de tests "patch, prick ou scratch" négatifs, des tests intradermaux peuvent être faits au nickel, au cobalt et à la chlorure.  Les tests positifs ne peuvent être pertinents que s'ils congruent avec les métaux présents dans la prothèse.

 

 

2.  Non-immunologiques (diagnose à exclusion)

 

Sensibilisation par prothèses ?  Une première question importante est si les patients, non connus pour une allergie aux métaux, peuvent en développer une après implantation d'une prothèse métallique (6).  Plusieures études ont été menées à ce sujet.  Mais l'interprétation de patchtests positifs est extrèmement difficile, vu que l'allergie au métal est un phénomène fréquent dans la population entière.  Le matériel fixe, comme les plaques et les vis, causerait une allergie de contact plus fréquemment que du matériel mobile.

 

En ce qui concerne le matériel mobile: chez les patients à prothèses métal-métal (p.e. prothèse à la hanche) (7) le pourcentage de patchtests positifs aux métaux est supérieure à celui d'une population de contrôle.  Et plus souvent une association a été constatée entre la manifestation d'une allergie de contact et le relâchage de la prothèse.  Reste la question de ce qui est la cause et ce qui est la conséquence.  De nos jours l'on est d'accord de dire que le relâchage se fait d'abord, ce qui cause des changements métalliques, et qu'après une sensibilisation est possible.  Les patients à prothèses plastique-métal ne manifestent pas d'incidence d'allergies de contact aux métaux, qui soit supérieure à celle d'une population de contrôle.  Des études prospectives font paraître, que dans un groupe restreint, les patchtests aux métaux sont positifs.

 

 


Utilité de patchtests préventifs préopératifs

 

Des questions importantes: est-ce qu'il ne faudrait pas se limiter à des prothèses sans métaux allergisants, pour l'implantation chez des patients avec une allergie de contact aux métaux connue, et serait-il utile de procéder à des patchtests préopératifs auprès de patients, qui doivent recevoir une prothèse, afin de vérifier une éventuelle allergie de contact?

Certains auteurs proposent de faire des patchtests s'il y a des indications anamnésiques.  Ils conseillent d'implanter une prothèse qui ne contient pas le matériel concerné en cas de patchtest positif.  D'autres auteurs (8, 9) disent qu'en général, il est inutile d'éviter les métaux concernés dans les prothèses pour les patients ayant une allergie de contact identifiée.

 

 

Utilité de patchtests postopératifs

 

Si le patient développe une dermatose postopérative, qui suggère une réaction cutanée sur le matériel implanté, des patchtests seront pratiqués avec les métaux présents dans ce matériel.  L'interprétation de ces patchtests pose de multiples problèmes.

 

Si le patchtest est négatif, la question s'impose si l'allergie de contact n'a pas échappé à l'attention (réaction fausse négative).  Toutefois un patchtest positif au métal ne démontre pas que l'allergie au métal soit la cause de la dermatose.  L'allergie au métal existait-elle avant l'opération ou est-ce que le patchtest est devenu positif après l'implantation du matériel?  Afin d'obtenir une réponse claire, il faudrait vérifier si l'enlèvement du matériel concerné fait disparaitre la dermatose.  Ceci est mieux faisable avec un matériel qui ne doit rester en place que temporairement (pour la durée de la guérison d'une fracture).  Si la dermatose disparait dans ce cas, la diagnose est certaine.  Mais elle est plus difficile pour un matériel qui reste en place définitivement.  Si nécessaire, la prothèse est enlevée et remplacée par une autre ne contenant pas le matériel en cause (p.e. titane), en espérant que la dermatose disparaisse par la suite.

 

 

Conclusion

 

Les réactions cutanées au matériel d'ostéosynthèse et aux prothèses sont rares et sont dues dans la plupart des cas au métal présent.  Une sensibilisation primaire à la suite de l'emplantation du matériel ne se présente quasiment jamais, si ce n'est que très exceptionellement pour du matériel fixe.  Pour le matériel mobile, les prothèses métal-métal sont une source de sensibilisation, quoique très rarement, plutôt que les prothèses métal-plastique.

Sur l'implantation de matériel contenant des métaux, auxquels le patient est déjà sensibilisés, il subsiste une discussion profonde.  De nos jours l'on est de plus en plus d'accord de dire, que si l'un des métaux allergisants est présent, quand même, le risque éventuel de réactions allergiques (et certainement pour les prothèses métaux-plastiques) est trop insignifiant vis à vis de l'inconvénient de ne pas implanter la prothèse.

 

 


Références

 

1.    Samitz MH et al.  Nickel dermatitis hazards from prostheses.  Brit. J. Dermatol. 1975, 92:287-290.

2.    Rostoker G et al.  Dermatoses d'intolérance aux métaux de matériaux d'ostéosynthèse et des prothèses.  Ann. Dermatol. Venereol. 1986, 113:1097-1108.

3.    Kubba MB et al.  Cutaneous complications of orthopedic implants.  Arch. Dermatol. 1981, 117:550.

4.        Vigan M.  Cutane reacties op orthopedisch materiaal.  GERDA 1994.

5.        Fisher AA.  Patch testing for allergic reactions to metals in orthopedic implants.  Cutis 1993, 52:254-256.

6.        Szliska C et al.  Sensitization to nickel, cobalt and chromium in surgical patients.  Contact Dermatitis 1990, 23:378-379.

7.        Burrows D.  Is systemic nickel important?  J. Am. Acad. Dermatol. 1992, 26:632-635.

8.        Gawkrodger DJ.  Nickel sensitivity and the implantation of orthopaedic prostheses.  Contact Dermatitis 1993, 28:257-259.

9.        Gordon PM et al.  Generalized sensitivity from an implanted orthopaedic antibiotic minichain containing nickel.  Contact Dermatitis 1994, 30:181-182.