Une
allergie de contact au niveau des pieds est principalement due aux matériaux
dont sont faites les chaussures; ce type d'allergie présente habituellement une
évolution relativement grave. Les
principaux allergènes des chaussures sont des sels de chrome, des additifs du
caoutchouc (dérivés thiurame, carba, MBT et PPD, diaminodiphénylméthane), la
colophane et les résines au phénol-formaldéhyde. Des topiques appliqués localement peuvent également être responsables
d'une dermatite de contact que l'on attribue à tort aux chaussures via une
contamination.
Exceptionnellement,
les bas (surtout les colorants) et éventuellement d'autres allergènes
(végétaux, allergènes professionnels) doivent être envisagés comme causes
possibles.
Les
tannins utilisés pour le cuir peuvent être à base des produits suivants:
- Plantes (dérivés du pyrocatéchol présent dans le mimosa, du
pyrogallol du chêne, ...).
- Sels minéraux de chrome, d'aluminium et de zirconium.
- Produits synthétiques tels que les produits de condensation de
substances aromatiques contenant des résines à base de formaldéhyde et d'autres
aldéhydes (p.e. glutaraldéhyde).
Les
sels de chrome restent cependant les plus utilisés, même si, dans certains cas,
on peut associer plusieurs tannins.
Des
substances antiseptiques telles que le chloracétamide ou le
2-(thiocyanométhylthio)-benzothiazole offriront une protection vis-à-vis des
bactéries et des champignons.
Les
colorants pour le cuir: complexes métalliques ou dérivés des colorants
azoïques.
Lubrifiants:
huiles animales, végétales, minérales ou synthétiques.
Apprêts
de finition: film ultrafin en polyuréthane, avec ou sans colorant, avec ou sans
relief (imitant par exemple la peau de crocodile).
Parfois,
un cuir de qualité moyenne est revêtu d'un film en chlorure de vinyle (PVC) ou
de polyuréthane qui comporte l'empreinte du grain du cuir, ce qui donne un
aspect étonnant de "vrai cuir", à un point tel que mêmes des connaisseurs
peuvent se tromper.
A
côté des chaussures en cuir naturel ou semi-synthétique existent des chaussures
totalement synthétiques à base de caoutchouc et de matière plastique qui, à
leur tour, ont subi des traitements de coloration et de conservation, etc.
La
confection de chaussures exige l'emploi de plusieurs colles qui sont, elles
aussi, sources de sensibilisation. Les
plus utilisées sont à base de résines paratertiaire-butyl-phénol-formaldéhyde
(PTBP), mais on peut également utiliser diverses autres résines comme celles à
base de caoutchouc et de colophane, de polyuréthane, de polyester, d'acrylate,
d'acétate de polyvinyle et de cellulose.
La nature de ces colles varie en fonction du fait qu'il s'agit de la semelle,
du contrefort, de l'empeigne ou du revêtement intérieur au niveau de
l'avant-pied ou des orteils.
Les
lésions se manifestent en général de manière symétrique au niveau des deux
pieds, sous la forme d'éruptions vésiculeuses ou érythémato-squameuses. Elles sont principalement localisées à la
face dorsale des pieds ou des orteils et épargnent les espaces
interdigitaux. Les lésions peuvent être
très localisées: il peut s'agir, par exemple, d'un eczéma au niveau de la
languette de la chaussure, des lanières de sandales ou de boucles
métalliques. En outre, les parties
latérales des pieds ou des talons (limitées par le bord de la chaussure) et la
face plantaire des pieds ou des orteils (où il s'agit très souvent d'une
affection desquamative avec fissures) peuvent être atteintes.
Les
lésions peuvent éventuellement s'étendre en dehors des zones en contact avec
l'allergène. Des réactions à distance
ne sont pas non plus exceptionnelles (surtout au niveau des mains). Une allergie de contact aux matériaux des
chaussures est rarement la cause d'une dermatose plantaire juvénile: dans ce
cas, le principal facteur étiologique semble être une constitution atopique,
une hyperhydrose et d'éventuels facteurs irritatifs liés à des chaussures
(synthétiques) très fermées.
Les allergènes
La
résine PTBP (colles), le dichromate (tannage) et le colophane (colles) sont les
allergènes que l'on retrouve surtout au niveau du dos du pied, alors que le
mélange mercapto-mix (caoutchouc, colles) est principalement cause d'eczéma au
niveau de la plante du pied.
L'association de tests positifs au dichromate et au cobalt est
statistiquement significative en cas d'allergie aux chaussures. Cela pourrait éventuellement s'expliquer par
le fait que certains sels de cobalt sont peut-être utilisés comme colorants ou
sont présents dans certaines colles à base de caoutchouc et de résine de type
polyester ou acrylate.
Evidemment,
on a également découvert pas mal d'autres "allergènes des
chaussures":
- Des métaux: nickel (boucles métalliques).
- Des colorants: paraphénylènediamine (PPD) et dérivés (colorants
azoïques), surtout présents dans les cuirs recolorés ou dans les matériaux
synthétiques.
- Le caoutchouc: dérivés de thiurame, benzothiazole, carbamates, PPD
et thiourée.
- Des substances antiseptiques: 2-(thiocyanométhylthio)-benzothiazole,
chloracétamide.
- Des matières premières plastiques et des colles: monomère
acrylique, peroxyde de benzoyle, bisphénol A, isocyanates (MDI,TDI),
diaminodiphénylméthane, dibutylphthalate.
- Des parties de chaussures apportées (correspondant aux lésions
eczémateuses), car il n'est pas toujours possible d'identifier l'allergène en
cause.
Autres allergènes retrouvés au niveau des pieds :
Bas
et chaussettes:
Contrairement
aux chaussettes, les bas induisent des allergies localisées également au niveau
des jambes, surtout aux endroits de friction (face intérieure des cuisses) et
où l'on transpire (creux des genoux).
Les allergènes sont principalement des colorants dérivés de la
paraphénylènediamine (PPD), notamment des colorants azoïques comme l'orange
dispersé 3 et le jaune dispersé 3, plus rarement des dérivés d'anthraquinone.
Médicaments
topiques, produits de soin:
Les
allergènes médicamenteux dépendent de la nature des produits utilisés et ne
diffèrent pas très fort de ceux que l'on retrouve à d'autres endroits du corps:
néomycine, dérivés de la lanoline, baume du Pérou et mélanges de parfums,
chloramphénicol, merthiolate, benzocaïne, éthylène-diamine, hydrocortisone,
miconazole, étofénamate, ... Néanmoins,
des médicaments appliqués localement peuvent contaminer les chaussures et font
supposer, lors de tests cutanés réalisés avec de petites parties de chaussures,
qu'il s'agit d'une dermatite aux chaussures.
On doit donc également tester le patient avec les composantes de tous les
produits appliqués sur les pieds.
Autres allergènes:
D'autres allergènes environnementaux peuvent également déclencher des réactions, par exemple un contact accidentel avec certaines plantes et même avec certains allergènes professionnels tels que certaines substances farineuses, des produits chimiques manipulés, etc.
En
cas de dermatite de contact au niveau des pieds, les symptômes sont
habituellement suffisamment graves pour requérir toute notre attention, surtout
lorsqu'il s'agit de personnes qui sont allergiques aux chaussures. Ces personnes devraient pouvoir éviter les
allergènes responsables, mais, en pratique, cela semble souvent difficile; tous
les allergènes n'ont pas encore été identifiés et les fabricants de chaussures,
même lorsqu'ils sont capables de collaborer, ne connaissent pas toujours les
sources d'information exactes concernant les substances chimiques
utilisées. Une information adéquate,
une collaboration avec les fabricants* concernés et une bonne discipline de la
part du patient semblent être la seule solution à ce problème.
1. Dooms-Goossens A. Les
dermatoses de contact aux pieds.
Bulletin d'actualité thérapeutique 1991; XXXVIe année; 122:3603-3609.
2. Podmore P. Shoes. Chapter 31.
In: Practical contact dermatitis.
A handbook for the practioner.
New York, Ed. JD Guin, McGraw Hill Inc., 1995.
* Pour information: quelques adresses où l'on
peut trouver des "chaussures hypo-allergéniques" :
Sans
chrome et éventuellement sans colle:
Minjauw Chris
"HET GOUDEN ZOOLTJE"
Bredabaan, 511
2930 Brasschaat
Tél.: +32-3-651.6515
Sans
chrome et avec colle spéciale:
DOREEN
J. Eggermonstraat, 10
9050 Gent-Ledeberg
Tél.: +32-9-230.87.76
Sans
chrome:
Quelques points de vente de la gamme hypo-allergénique
d'Ambiorix:
DE SMEDT S., Parvis Ste Alix 25, 1150
Bruxelles, Tél.: 02-771.91.45
SUSKE SLOEP, Aarschotsesteenweg 327, 3012
Wilsele
PEDICO nv, P. Vanmierlostraat 17, 2300
Turnhout, Tél.: 014-41.20.32
VANSTRAELEN Danny, Kapelstraat 42, 3500
Hasselt
REYNDERS DAENEN, Viséweg 253, 3700 Tongeren
DE CLOET, Markt 14,
9850 Nevele
TIMMERMANS nv, Stationsstraat 90, 9100
Sint Niklaas
VANLUECHENE nv, St Petrus & Paulusstraat 6, 8800
Roeselare