1. Réactions
allergiques du type retardé
La
muqueuse buccale est atteinte moins fréquemment par des allergies de contact
que les lèvres ou que la peau.
Plusieurs facteurs y jouent un rôle, entre autres le contact de courte
durée avec des allergènes potentiels, qui en plus sont tamponnés et délayées
par la salive, et la vascularisation causant une résorption accélérée des
matières dans les vaisseaux (contrairement au contact de la peau, cette voie,
de préférence, induit la tolérance).
Le
diagnostic d'une allergie de contact au niveau de la muqueuse buccale est
difficile, non seulement à la suite des méthodes de tests insuffisantes pour
tracer les allergènes de contact responsables d'une stomatite de contact
(possibilité de résultats faussement négatifs lors des patchtests sur la
peau!), mais également parce qu'une stomatite de contact se déroule normalement
de manière relativement asymptomatique.
Contrairement aux lésions cliniques manifestées au niveau de la peau
lors d'un eczéma de contact, les symptômes d'une stomatite de contact sont de
nature subjective principalement: perte de goût, insensibilité, sensation de
sècheresse, d'irritation et de douleur (rarement du prurit), parfois des
plaintes d'un prurit généralisé, de vertiges, de maux de tête, de problèmes
gastro-intestinaux et de malaise. Des
symptômes cliniques objectifs ne se présentent certainement pas dans tous les
cas: rougeur, gonflement, (ev. vésicules), érosions, ulcérations et réactions
lichénoïdes (comme au mercure). Quand
ces symptômes vont de pair avec une chéilite, une perlèche ou une dermatite
peri-orale, évidemment le diagnostic est facilité. (Il faut faire remarquer qu'une chéilite atopique et une
perlèche, constituent un diagnostic différentiel important).
Les
causes peuvent être multiples:
- Contact local avec des produits dentaires (1-10): anesthésiques locaux y compris les métabisulfites utilisées comme antioxydants en cas d'addition d'adrénaline, antiseptiques, matériel d'empreintes dentaires, pansements dentaires (p.e. eugenol, colophane, libérateurs de formaldéhyde ...), prothèses dentaires (à base de métaux tels le nickel, le cobalt, le palladium, l'or et les [meth]acrylates), plombages, couronnes et restaurations (amalgame, composites et produits adhésifs, également à base de (meth)acrylates. Exceptionellement des réactions aux additifs sont constatées, comme aux inhibiteurs (hydroquinone), accélérateurs (diméthyl-p-toluidine), catalysateurs (peroxide de benzoyl) et plastifiants (phtalates) dans les résines artificielles.
- Produits d'hygiène: dentifrices, gargarismes, pastilles (11-12),
... (p.e. substances aromatiques comme la menthe, la cannelle, les condiments;
les conservateurs comme l'acide benzoique et le formaldéhyde; des colorants:
colorants azoïques ...
-
Topiques pharmaceutiques
(13, 14): gargarismes, tablettes à mâcher, sprays buccaux: agents conservateurs
(p.e. dérivés d'ammonium quaternaire, comme la chlorure de benzalkonium; le
thiomersal), antiseptiques (p.e. iode, thymol, hexylrésorcinol, hexétidine),
médicaments antiviraux (tromantadine), antibiotiques (p.e. tetracyclines,
néomycine,) aromatisants, colorants, anesthésiques locaux (p.e. benzocaïne avec
allergie croisée à la procaïne, la butécaïne, la tétracaïne, la propoxycaïne,
la méprylcaïne, l'isobucaïne; pas d'allergie croisée avec la lidocaïne, la
mepivacaïne, la prilocaïne); extraits de plantes: p.e. plantes de la famille
des asteracées (p.e. mille-feuille); corticostéroïdes (15), ...
-
Produits cosmétiques: sticks
à lèvres, crayons de rouge à lèvres.
-
Des objets pris en bouche,
comme les instruments de musique (métaux, bois tropiques), articles de bureau,
épingles, suçettes (dérivés de caoutchouc), etc.
-
Aliments: conservateurs,
épices et aromes (laurier, curry, noix de muscade), boissons, bonbons
(pastilles de menthe) (16), ...
-
Les allergènes qui ne sont
pas appliqués directement sur les lèvres peuvent également causer des réactions
allergiques:
* Transfer d'allergènes par les mains (les dermatites "ectopiques") p.e. dans le cas d'une allergie de contact au vernis d'ongles ou à des objets métalliques, ...
* Contact par l'air avec des allergènes dits "aéroportés"
ou transmis dans l'air sous forme de gaz, de vapeurs, de microgouttes, de particules
de poudres, ...
* Contact avec des produits utilisés par autrui (p.e. partenaire),
comme de l'after-shave, de l'eau de toilette etc.
2. Réactions
d'irritation
Celles-ci
se présentent plus souvent que les réactions allergiques retardées et elles
sont causées par exemple par des prothèses mal ajustées, par des
"tics" (lècher, sucer), par le contact avec des boissons ou des
aliments chauds, aigres ou très épicés, par le tabac, etc. Les symptômes cliniques se manifestent sous
forme de rougeur, d'un gonflement, d'une desquamation, de vésicules et même
d'ulcérations.
3. Urticaire
de contact
Les
réactions qui se manifestent immédiatement après le contact avec l'agent qui
les provoque, sous la forme d'une urticaire de contact (rougeur, gonflement, demangeaisons,
...) sont également observées. Elle
peuvent être médiées tant non-immunologiquemment qu'immunologiquemment; dans le
dernier cas les réactions de la peau peuvent être accompagnées par des
symptômes extracutanées comme la rhinite, le dyspnee, voir même les réactions
anaphylactiques. Les causes principales
en sont la nourriture (p.e. additifs de fruits et d'aliments), les protéines de
latex (p.e. tampons en caoutchouc, ballons, gants utilisés par le dentiste),
mais également le transfer par les mains lors du port de gants en latex, ou le
contact avec des objets contenant du latex et éventuellement à travers les
matières contenues dans les topiques (p.e. métabisulphites dans les injections
anesthésiques contenant de l'adrénaline), etc.
4. Diagnostic
différentiel
D'autres
causes locales d'anomalies au niveau des lèvres et de la bouche sont:
- les infections:
candidose, bactériennes, virales
- langue géographique ou glossite exfoliatrice marginée
- langue scrotale
- lichen plan
- stomatitis aphteuse
- érythème polymorphe
- (para)pemphigus
- érythroplasie, leucoplasie, épithéliome
Peuvent
également être responsables, les causes générales comme:
-
l'anémie (ferriprive,
pernicieuse, déficience de vit B1, B2, B6)
-
hormonales
- diabète
- hypothyroïdie
- xérostomie
- médicaments
Finalement,
il existe un syndrôme de la bouche brûlante (17, 18) ("burning mouth"
- terme également utilisé parfois pour les anomalies à base allergique ou
irritative). Dans le sens stricte il
s'agit d'une affection aux caractéristiques suivantes:
- idiopathique
- femmes > hommes
- 40-60 ans, (post)ménopausiques
- irritation, douleur, pîqure
- au niveau des muqueuses buccales: langue > lèvres >
muqueuses de la joue > palais > gorge > points de contact avec une
prothèse.
- éventuellement: xérostomie, soif, dysfagie, mauvais goût, mauvaise
odeur
- les plaintes augmentent sous l'effet du stress, de la fatigue ou
de certains aliments
- les plaintes diminuent pendant les repas, le travail ou les
loisirs
- facteurs provoquants: inconnus, stress, facteurs psychiques,
médicaments, maladies, soins dentaires.
La
stomatite allergique de contact est rare et se manifeste principalement sous la
forme de symptômes subjectifs. Les
causes principales en sont les matériaux dentaires, les produits d'hygiène, les
topiques pharmaceutique et la nourriture.
De là l'importance d'une bonne anamnèse, qui prète attention entre
autres aux localisations des symptômes objectifs (si présents), au moment de
l'apparition, à l'évolution dans le temps, aux facteurs qui excercent une
influence, aux soins dentaires, ... Les
plaintes doivent être objectivées par un examen clinique soigneux (biopsie
éventuelle). Les tests épicutanés
seront pratiqués au niveau du dos; cependant, de fausses réactions négatives
peuvent se produire. Si néanmoins il
subsiste un suspicion forte d'une stomatite de contact, la seule solution est
l'élimination de l'agent suspecté, avec un suivi ultérieur. Le diagnostic différentiel doit être faite
avec diverses causes locales et systémiques et avec le syndrôme du
"burning mouth".
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15. Callens A et al. Contact
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