LES TESTS FAUSSEMENT NEGATIFS
A. Goossens
Service de Dermatologie – Unité d’Allergologie de
Contact
Katholieke Universiteit Leuven, Belgique
Introduction
Le patch-test reste actuellement la seule méthode fiable
pour détecter une allergie de contact. Il s’agit d’un test biologique dont les
résultats peuvent s’avérer faussement négatifs [1]. Les causes en sont
multiples : le seuil de sensibilité du patient est trop bas, les tests
sont réalisés dans une phase réfractaire, la concentration de l'allergène testé
et/ou la quantité de substance appliquée est trop faible, la substance testé
n’est pas la bonne, le véhicule ne libère pas une quantité suffisante
d’allergène (la biodisponibilité est trop faible), l’occlusion est
insuffisante, le site testé est inadéquat, la lecture est trop précoce, la
réaction est inhibée par l’exposition à la lumière solaire, il y a eu une
application locale ou une administration systémique de corticoïdes ou d’autres
médicaments (ciclosporine, pentoxyphylline, diltiazem e.g.) susceptibles d’inhiber la réponse immunologique.
En ce qui concerne les tests épicutanés, les risques de
méconnaissance d'une allergie de contact sont donc en relation avec l’allergène
lui-même, la méthode de test adoptée, la concentration et le véhicule, le
moment de la lecture et, enfin, la pertinence [2].
L’ALLERGÈNE
En premier lieu, on ne détecte que les
allergènes que l’on a testés!
Afin de se faire une idée de l’utilité de la série de tests
standard dans l’examen de l'allergie de contact, les résultats de tests
épicutanés ont été comparés dans 4 centres européens [3] ; la proportion
de réactions d’allergie de contact diagnostiquées par la batterie standard
variait de 37 à 73 %. Ceci indique que la batterie standard doit absolument
être complétée par des tests de séries complémentaires et des composants de
produits fournis par le patient.
Il arrive que les réactions allergiques ne soient pas dues à
l’allergène proprement dit, mais à une impureté ; c’est par exemple le cas
pour l'alcool cétylique (de qualité pharmaceutique), qui contient des impuretés
allergisantes encore mal définies. Les tests épicutanés effectués avec de
l'alcool cétylique de qualité analytique, dont la pureté est plus élevée,
donnent par conséquent des résultats faussement négatifs. Les impuretés sont
évidemment des allergènes beaucoup plus fréquents dans les produits
industriels ; un exemple en est l’éther allylglycidylique ou
allylglycidylether, un diluant réactif époxydique que l’on trouve comme
contaminant dans un additif de fixation des résines de silicone et de
polyuréthane. Des produits de dégradation allergisants peuvent également se
former durant la durée de garde du produit, surtout par oxydation. C’est par
exemple le cas du limonène. Ce phénomène a évidemment des conséquences immédiates
sur le matériel composant le test, d’où l’utilité des contrôles de stabilité.
MéTHODES
Les patch-tests sont réalisés avec des allergènes
commercialisés et des substances diluées aux concentrations et dans des
véhicules (excipients) recommandés. Les produits utilisés sont testés en tant
que tels, pour autant qu’ils ne soient pas irritants [4]. Toutefois, lorsque un
allergène est présent en concentration trop faible dans un produit fini (objets
de caoutchouc, chaussures, textiles, papiers, plantes e.g.) ou est libéré en quantité insuffisante lors des tests, on
peut en préparer des extraits [5].
En cas de dermatite secondaire à l'utilisation unique ou
répétée de produits cosmétiques sur la peau plus sensible du visage, on
recommande, si le résultat du test est négatif, des tests d’applications
répétées sans occlusion ou ROAT (Repeated Open Application Test) destinés à
simuler le plus possible les conditions d’utilisation. Les tests sans occlusion
ou avec semi-occlusion sont indiqués lorsque les produits sous occlusion sont
susceptibles de provoquer des réactions d’irritation. Les produits fortement
acides ou basiques ne sont pas testés, sauf s’ils sont éventuellement
"tamponnés". Dans le cas d’une dermatite de contact due à une
protéine, seuls les tests cutanés ou prick-tests (et éventuellement les
scratch-tests) permettront de mettre en évidence l’allergène.
Dans le cas d’un eczéma de contact photoallergique, il est
évident qu'il faut effectuer des photo-épidermotests ou photopatch-tests.
CONCENTRATION DE L'ALLERGÈNE TESTÉ
Comme le seuil de sensibilité n’est pas le même chez tous
les patients, il n’existe aucune concentration optimale d'un test. Pour la
plupart des allergènes, des concentrations élevées déclencheront plus souvent
une réaction allergique, mais aussi plus facilement une irritation. En
revanche, dans le cas des corticoïdes, des concentrations faibles semblent plus
indiquées en raison des propriétés anti-inflammatoires intrinsèques de ces
substances.
L'EXCIPIENT
Le choix de l'excipient ou du véhicule a une influence
énorme sur la biodisponibilité d'un allergène. On utilise généralement de la
vaseline pour des raisons pratiques; en cas de suspicion d'allergie de contact
et de tests négatifs, il faut envisager d’utiliser un autre excipient.
DÉLAI DE LECTURE
La lecture des patch-tests se fait habituellement après 2
jours, avec une relecture après 1 ou 2 jours supplémentaires, soit au 3ème
ou au 4ème jour. Toutefois, plusieurs articles récemment publiés
[6,7] démontrent l’importance de lectures plus tardives, certainement aussi
dans le cas d'une allergie aux corticoïdes [8].
PERTINENCE
L’examen allergologique a atteint une phase cruciale
lorsqu’une réaction positive est détectée, car il convient alors de déterminer
sa pertinence. On ne doit pas conclure trop rapidement à une réaction non
significative ; la détermination dépend principalement de l’expérience de
l’examinateur et des possibilités de détection de l’allergène dans
l’environnement du patient (éventuellement même par analyse chimique des produits
incriminés). Enfin, il faut tenir compte du fait que le patient peut avoir été
préalablement sensibilisé par une substance à réaction croisée et que le test
actuel ne révèle que cette allergie [2]. C’est ainsi le cas lors d'une réponse
positive à la paraphénylènediamine, qui peut être l’expression d’une
sensibilisation primaire au diaminodiphénylméthane présent dans les isocyanates
et les résines de polyuréthane, ou encore dans le cas du pivalate de
tixocortol, comme marqueur de réactions allergiques aux corticoïdes de type
hydrocortisone, et du budésonide, qui se comporte comme marqueur des
corticoïdes de type acétonides et/ou des esters instables.
CONCLUSION
Lorsque les patch-tests s’avèrent négatifs chez un patient
pour lequel on avait évoqué un diagnostic d’eczéma de contact allergique, il
faut recommencer depuis le début, à savoir établir une anamnèse complète (avec
inspection éventuelle de l’environnement), répéter les tests pour les
allergènes potentiels (en changeant éventuellement la concentration, l'excipient
et la méthode de test). On peut également demander au patient de tenir un
journal dans l’espoir de découvrir une corrélation entre l’exposition à une
substance et l’apparition des troubles cutanés.
RÉFÉRENCES
1.
Fregert S.
Manual of contact dermatitis. 2nd Ed., Munksgaard, Copenhagen,
1987.
2.
Goossens A.
Minimizing the risks of missing a contact allergy. Dermatology, 2001, 202: 186-189.
3.
Menné T, Dooms-Goossens A, Wahlberg JE, White I, Shaw
S. How large a proportion of contact
sensitivities are diagnosed with the European Standard Series. Contact Dermatitis, 1992, 26 :201-202.
4.
Dooms-Goossens
A. Tests semi-ouverts et R.O.A.T.
Progrès en dermato-allergologie, Tome 1, (Cours d’Arcachon), 1995,
257-260. Ed. Médiscript, Viterne,
France.
5.
Bruze M, Trulsson L, Bendsoë N. Patch testing with ultrasonic bath
extracts. Am J Contact Dermatitis, 1992,
3 :1-5.
6.
Geier J, Gfeller O, Weichmann K, Fuchs T. Patch test reactions at D4, D5, D6. Contact Dermatitis, 1999, 40:
119-126.
7.
Jonker MJ, Bruynzeel DP. The outcome of an additional patch-test reading on days 6 or 7. Contact Dermatitis, 2000, 42:
330-335.
8.
Isaksson
M, Andersen KE, Brandão FM, Bruynzeel DP, Bruze M, Diepgen T, Ducombs G, Frosch
PJ, Goossens A, Lahti A, Menné T, Seidenari S, Tosti A, Wahlberg J, Wilkinson
JD. Patch testing with budesonide in serial dilutions: A multicentre study
of the EECDRG. Contact
Dermatitis 2000, 42: 352-354.